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Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Echanges sur tous les aspects du labo photo argentique noir et blanc : matériels, développement des films, tirage, etc. Présentations des labos photo argentique noir et blanc.

Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Message par Shashinka » Samedi 07 Juillet 2018 22:09

Le mot washi (和紙) signifie « papier traditionnel japonais » ; c’est un mot générique et il existe de nombreux types de papiers washi ; leurs applications traditionnelles sont multiples et vont du papier pour la calligraphie et la peinture à l’encre à la confection des lampes japonaises ou des « shoji », les panneaux translucides qui filtrent la lumière des fenêtres, etc…
Lomig Perrotin produit des films (formats 35 mm et 120) dont l’émulsion est couchée sur une bande de papier washi au lieu de la traditionnelle bande de triacétate ou PET.
Il utilise deux qualités différentes de washi : celui fait à partir du mûrier « kozo » pour le film W et celui fait à partir d’une plante appelée « ganpi » pour le V. Ces deux matériaux sont très différents d’aspect et donnent des rendus également très différents.

Aspect artistique

Le film Washi W (le premier chronologiquement) donne des images très fibrées où les détails sont perdus dans le réseau des fibres et dont on peut penser qu’elles ne sont pas exigeantes en termes de mise au point.
Exemple :

https://farm1.staticflickr.com/897/42301610862_9d8b9f26ff_c.jpg

Le Washi V donne des images plus fines, plus réalistes. On y perçoit un léger tramage rectiligne qui est dans le sens de défilement du film ; il en résulte que si l’appareil a été incliné à la prise de vue et qu’on redresse l’image par la suite le tramage devenu oblique peut déranger.
Exemple :

https://farm1.staticflickr.com/841/28366037587_79508bb851_c.jpg

Le choix entre ces deux rendus est une affaire toute personnelle mais tiendra compte évidemment des aspects techniques discutés ci-après.

Caractéristiques

Le Washi W a une sensibilité qui peine à atteindre 25 ISO : pour l’atteindre, il faut développer dans un révélateur papier très énergique comme l’Eukobrom à 1+1. Il est orthochromatique, ce qui signifie qu’on le développe en cuve ouverte sous lumière rouge.

Le Washi V a une sensibilité qui dépend évidemment du processus de développement et que Lomig Perrotin situe à 100 ISO avec du Rodinal 1+25. Il est panchromatique et nécessite un développement en cuve fermée. Pour ma part un essai à 100 ISO et avec Rodinal 1+25 fait apparaître des densités très fortes et mon prochain essai sera à 125 ISO.

Tous deux existent en 35 mm perforé et en 120 ; il est précisé que le film 35 mm ne doit pas être utilisé dans des appareils à avancement automatique, trop brutaux et destructeurs du washi qui est un support très fragile.

Traitement

Pour les deux films on trouve sur le site « film washi » des notices techniques à lire attentivement. Ce qui suit résulte de mon expérience personnelle.

Pour le Washi W, le développement en cuvette nécessite un geste précis et maîtrisé ; l’idéal serait d’utiliser une cuvette à cylindre comme celles qu’utilisaient les photographes amateurs des années 30-40. On développe comme si c’était un papier photo, on s’interdit le bain d’arrêt et on fixe longuement (observer) sous peine de voir ensuite des zones blanchâtres qui sont de la gélatine non impressionnée et insuffisamment fixée parce que localement trop épaisse.

Pour le Washi V, il vous faut sortir la cuve Paterson ou Jobo. L’introduction dans une spirale classique est impossible, le washi n’a pas assez de « nerf » pour cela et les spires successives se colleraient dès que mouillées. Lomig Perrotin vous propose une bobine spéciale où les spires de film sont séparées par une bande à bords gaufrés comme on n’en fait plus et que lui obtient par une astuce intéressante et qui vous donnera un peu de travail pour en finir le montage. Attention, la bobine elle-même est très fragile ! Comme je le disais, j’ai utilisé le Rodinal à 1+25, 9 mn à 20°C, agitation continue pendant une minute puis 7 inversions par minute ; il en ressort un négatif très dense.

Mise en garde : faites vos agitations ou inversions avec des gestes très doux, le gaufrage de la bande intercalaire a tendance à arracher la gélatine mouillée, et comme le centrage transversal des images est très incertain vous pouvez retrouver ces arrachements dans votre image ; ce n’est pas grave, on recadre plus tard, mais on doit pouvoir l’éviter.

Pas de bain d’arrêt là également. La suite est classique, fixez bien (voir plus haut) et ne vous privez pas d’un éliminateur d’hyposulfite si telle est votre habitude pour abréger un peu le lavage.

Séchage

C’est là que la crise de nerfs devient plus probable.
Sorti de l’eau de lavage, votre film sur washi est suspendu (pinces à dessin) avec un lest ; il est très fragile mais merveilleusement droit et plat. Quatre heures plus tard vous n’en croyez pas vos yeux : c’est un torchon, gaufré, gondolé, un bord retroussé… En bref : inexploitable. Les conseils donnés par Lomig Perrotin sont sans effet réel (enrouler serré sur la bobine d’origine, mettre sous presse sous de gros livres) ; le papier washi mouillé puis séché a ce qu’on appelle du « springback » chez les emboutisseurs, et après deux jours sous presse il redevient une surface inapte au scan ou à l’agrandissement. Il faut absolument le travailler pour l’aplatir mouillé, mais pas question de l’appliquer contre une vitre comme on fait pour le papier baryté car il a une couche de gélatine non photosensible au dos et cette gélatine ne demande qu’à se coller définitivement à votre vitre. La parade que je viens de valider est la suivante : coupez votre film sec en tronçons, ce sera plus facile ; retrempez-le (avec une goutte de Photo Flo), trempez dans la même cuvette des bandes de cellophane que vous aurez préparées aux dimensions de vos tronçons (+ quelques mm) et appliquez contre votre vitre dans l’ordre la cellophane, le film dos vers la cellophane, et des maintiens en ruban kraft gommé sur toute la périphérie ; à chaque étape, un coup de rouleau en caoutchouc dur. Le lendemain, coupez à la règle et au cutter suivant les contours du film et ça se détachera tout seul en vous donnant un film sur washi parfaitement plan.

La cellophane (j’ai bien dit « cellophane ») doit être assez épaisse, impeccablement propre et exempte de rayures ou défauts ; pour cela j’ai utilisé celle des fourreaux dans lesquels un labo couleur me renvoie mes films en bandes non coupées.

Problèmes mécaniques

Il s’agit là de mon expérience, encore une fois, et elle porte sur le film 120. Il est clair pour moi que ce produit n’est pas encore parfaitement maîtrisé (Lomig Perrotin attribue cela au caractère artisanal de son produit, mais je suis certain qu’il trouvera des voies de progrès).

Le problème essentiel me semble être celui de la rectilinéarité et du centrage de la bande de washi sur la dorsale ; il en résulte que la bande de washi doit serpenter quelque peu dès la mise en bobines (ou au cours des prises de vues) et qu’on a ensuite des bords retroussés qui auront tendance à prendre le pli (un problème de plus au séchage). On aura également des vues totalement décentrées, voire la possibilité que la bande de washi échappe au guidage latéral au niveau de la fenêtre de formatage avec comme conséquences une perte de planéité et des zones hors mise au point totalement aléatoires.

A tout cela je crois que la seule parade existante à notre niveau est la douceur : dans la mise en place de la bobine, dans l’avancement du film.
Et soyons certains que des progrès viendront ! En tous cas « le jeu en vaut la chandelle »… mais que de travail pour aboutir aux premiers clichés qui sont toujours surprenants !

:hello: :hello:
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Re: Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Message par vdragon76 » Samedi 07 Juillet 2018 22:43

Je me demandais - je n'ai jamais utilisé ce truc, et ce n'est pas demain la veille, à voir tout ça - si l'intérêt ne serait pas de rephotographier les vues soit au digital (horreur) soir sur un film lent... et partir de ça poursuivre le process: il est probable qu'on puisse garde la matière, et ne pas trop se faire ch... à le manipuler. Maintenant, boite à lumière comme une dia, ou simple repro opaque...
Je dis ça, je ne dis rien hein, juste une idée comme ça!

V.
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Re: Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Message par lepetitpiero » Samedi 07 Juillet 2018 23:22

J'ai acheté 1 film de chaque... pas encore eu le temps de les tester et de les développé... cet effet j'ai acheté une bande gauffrée pour le développement... Je pense tester cela au cours de cet été

Merci de ce retour...

Pierre
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Re: Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Message par Armand29 » Samedi 07 Juillet 2018 23:52

Shashinka Retour très intéressant :bienjoue: que je garde dans mes docs .
Merci :sante:
Dernière édition par Armand29 le Dimanche 08 Juillet 2018 22:58, édité 1 fois.
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Re: Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Message par patrickJJ » Dimanche 08 Juillet 2018 16:59

Bon, je crois que je vais troquer mon film Washi 120,
pas envie de m'emmerder !
à mon âge je souhaite juste des trucs qui fonctionnent bien du premier coup et répétable...
;-)
Pjj
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Re: Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Message par Corinne » Dimanche 08 Juillet 2018 22:08

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Re: Films Washi V & Washi W / Retour d'expérience

Message par Shashinka » Lundi 09 Juillet 2018 14:04

A vdragon76 je dirai ceci : je ne comprends pas très bien ton idée. Si tu veux photographier tes négatifs washi, boîte à lumière à l'appui, il faut qu'ils aient une bone planéité, ce qui est le problème n°1 et que j'ai résolu comme je l'explique dans mon papier.
Dès l'instant où tu as des négatifs bien plans, tu peux les scanner (pour alimenter ce forum, c'est la seule excuse :mrgreen: ) ou les passer à l'agrandisseur ; alors à quoi bon ajouter une étape supplémentaire ?

A patrickJJ je dirai que quand on raisonne comme lui on est à deux doigts d'acheter (si pas déjà fait) un appareil numérique :mrgreen:

Je suis de plus en plus surpris de constater à travers ce forum le niveau de paresse ou de conformisme de certains participants. C'est navrant car je suis persuadé que la photo argentique ne se maintiendra que grâce à ceux qui cherchent à sortir des sentiers battus, et pour cela il y a d'immenses possibilités (travailler en MF ou en GF, pellicules comme le washi ou l'IR, papiers rares, chimies et procédés anciens ou peu communs... lith, virages, et j'en oublie des wagons).

Pour ma part j'essaie, sans toujours y arriver, mais c'est bien là le propre des projets artistiques. Si on n'a pas compris ça, on s'emm... et on emm... les autres.

:rire: :rire: :rire:
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